La réponse courte. Au régime réel, vous êtes imposé sur votre bénéfice réellement dégagé : les loyers, moins les charges pour leur montant exact, moins l'amortissement du bien et du mobilier. Sur la plupart des biens financés à crédit, ce calcul aboutit à un revenu imposable proche de zéro pendant des années, là où le micro-BIC taxe d'office la moitié des loyers. En contrepartie, le réel exige une comptabilité en bonne et due forme et une liasse fiscale télétransmise chaque année.
Le mot « réel » fait peur à beaucoup d'investisseurs, parce qu'il évoque la comptabilité d'une entreprise, avec un bilan, des immobilisations et des formulaires à numéros. La mécanique est pourtant simple à comprendre, et c'est elle qui explique pourquoi tant de loueurs en meublé ne paient presque pas d'impôt sur leurs loyers. Reprenons le fonctionnement depuis le début, sans jargon inutile.
Le principe : être imposé sur votre bénéfice, pas sur un forfait
En location meublée, vos loyers relèvent des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), et deux régimes d'imposition coexistent. Le micro-BIC applique un abattement forfaitaire de 50 % sur vos recettes (30 % pour un meublé de tourisme non classé), sans se demander ce que vous dépensez vraiment. Le régime réel, lui, reconstitue votre résultat comme le ferait n'importe quelle entreprise : recettes encaissées d'un côté, charges effectivement supportées de l'autre.
Vous déduisez ainsi, pour leur montant exact : les intérêts d'emprunt, les charges de copropriété, l'assurance, la taxe foncière, la CFE, les travaux d'entretien et de réparation, les frais de gestion, et les honoraires de comptabilité. La liste complète mérite un article à part entière, que vous trouverez dans notre guide des charges déductibles en LMNP.
Si vos charges réelles dépassent le forfait de 50 %, le réel vous fait mécaniquement économiser de l'impôt. Et c'est avant même de parler du poste le plus puissant du régime.
L'amortissement, le vrai moteur du régime réel
Le régime réel vous permet de déduire chaque année une fraction du prix du bien, du mobilier et des travaux, pour tenir compte de leur usure théorique. C'est l'amortissement, et il change tout : sans sortir un euro de votre poche, vous constatez une charge comptable qui vient éponger vos loyers imposables.
En pratique, le bien est découpé en composants (structure, toiture, installations techniques, agencements), chacun amorti sur sa propre durée, le terrain restant exclu puisqu'il ne s'use pas. Sur un bien classique, l'addition des charges réelles et de l'amortissement suffit très souvent à ramener le résultat fiscal à zéro, voire à créer un déficit dans les règles prévues par la loi.
Un point d'attention depuis la loi de finances pour 2025 : pour les ventes réalisées depuis le 15 février 2025, les amortissements déduits pendant la détention sont réintégrés dans le calcul de la plus-value imposable à la revente (avec une exception pour certaines résidences-services). L'amortissement reste très avantageux, notamment parce que les abattements pour durée de détention continuent de s'appliquer, mais la stratégie doit désormais être pensée en fonction de votre horizon de revente.
Réel simplifié ou réel normal : ce que recouvrent les deux termes
L'expression « régime réel simplifié » revient souvent, et elle désigne simplement la version allégée du régime réel, avec des obligations comptables et des annexes moins lourdes que le réel normal. Les seuils du réel normal visent des recettes très élevées, sans commune mesure avec une activité de location meublée classique : dans les faits, la quasi-totalité des loueurs en meublé au réel relèvent du réel simplifié.
Pour vous, la distinction ne change donc pas grand-chose au quotidien. Ce qui compte, c'est la frontière entre micro-BIC et réel : le micro s'applique de plein droit tant que vos recettes annuelles restent sous 77 700 euros pour une location meublée classique au titre des revenus 2025 (le plafond passe à 83 600 euros pour les revenus 2026, et tombe à 15 000 euros pour un meublé de tourisme non classé). En dessous de ces plafonds, le réel reste accessible sur option, une démarche encadrée par des délais stricts que nous détaillons dans notre guide pour passer du micro au réel.
Les obligations comptables : liasse 2031-2033, EDI et FEC
La contrepartie de ces déductions, c'est un formalisme de petite entreprise. Au régime réel, vous devez :
- tenir une comptabilité d'engagement, avec un bilan et un compte de résultat ;
- construire et suivre un plan d'amortissement par composants ;
- produire chaque année une déclaration de résultat n° 2031, accompagnée de ses annexes de la série 2033 (bilan simplifié, compte de résultat, tableau des immobilisations et amortissements, notamment) ;
- télétransmettre cette liasse de façon dématérialisée, au format EDI, au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai (l'envoi papier n'est plus admis) ;
- reporter le résultat sur votre déclaration personnelle via la 2042 C PRO.
S'ajoute une obligation que beaucoup découvrent trop tard : en cas de contrôle, l'administration demande le fichier des écritures comptables (FEC), un export normé de votre comptabilité. Son absence ou sa non-conformité est sanctionnée d'une amende de 5 000 euros, portée à 10 % des rappels d'impôt si ce montant est supérieur.
Rien d'infranchissable, mais tout cela suppose un logiciel adapté ou un accompagnement. C'est précisément le métier de Comptalocatif : pour 600 euros par an, déductibles de vos loyers puisqu'il s'agit d'une charge de l'activité, nous tenons la comptabilité, construisons le plan d'amortissement et télétransmettons la liasse. Ceux qui préfèrent tout gérer seuls trouveront notre mode d'emploi dans l'article dédié à la comptabilité LMNP en autonomie.
Micro-BIC ou réel : la comparaison en deux minutes
Résumons la différence sur un exemple volontairement simple. Pour 12 000 euros de loyers annuels, le micro-BIC vous impose sur 6 000 euros, quoi qu'il arrive. Au réel, si vos intérêts d'emprunt, charges de copropriété, assurance et taxe foncière totalisent 4 000 euros et que l'amortissement en ajoute 6 500, votre base imposable tombe à 1 500 euros. À taux marginal d'imposition identique, l'écart d'impôt et de prélèvements sociaux se chiffre en milliers d'euros sur quelques années.
L'ordre de grandeur dépend évidemment de votre situation : montant du crédit, prix du bien, niveau de charges, taux marginal. Notre comparatif complet micro-BIC ou réel détaille les cas de figure, et le simulateur vous donne le verdict chiffré pour votre bien en deux minutes.
Pour qui le régime réel est rentable
Le réel l'emporte dans la grande majorité des situations d'investissement locatif, et notamment lorsque :
- le bien est financé à crédit, car les intérêts s'ajoutent aux amortissements ;
- le bien a de la valeur, car l'assiette d'amortissement est importante ;
- des travaux ou du mobilier ont été payés récemment ;
- vos loyers sont élevés par rapport à l'abattement de 50 %, ce qui est le cas typique des locations bien placées.
À l'inverse, le micro-BIC garde l'avantage quand les charges sont très faibles : bien détenu sans crédit depuis longtemps, petites recettes, aucune dépense significative. Dans ce cas, l'abattement forfaitaire dépasse vos charges réelles et la simplicité du micro ne coûte rien.
Le bon réflexe consiste à refaire ce calcul régulièrement, car une situation évolue : un crédit se rembourse, des travaux arrivent, un loyer augmente. C'est un arbitrage que nous revoyons chaque année pour nos clients.

Vos questions, nos réponses
Qu'est-ce que le régime réel en LMNP ? +
C'est le régime d'imposition qui calcule votre revenu imposable à partir de votre résultat effectif : loyers encaissés moins charges réelles et amortissements. Il s'oppose au micro-BIC, qui applique un abattement forfaitaire de 50 % sur les recettes sans tenir compte de vos dépenses.
Quelle différence entre réel simplifié et réel normal ? +
Le réel simplifié est la version allégée du régime réel, avec des annexes comptables réduites. Le réel normal ne concerne que des niveaux de recettes très élevés. En location meublée, la quasi-totalité des bailleurs au réel relèvent du réel simplifié.
Le régime réel est-il obligatoire ? +
Il s'applique de plein droit lorsque vos recettes dépassent le plafond du micro-BIC (77 700 euros pour les revenus 2025 d'une location meublée classique, 15 000 euros pour un meublé de tourisme non classé). En dessous, il reste accessible sur option, à exercer avant la date limite de dépôt de votre déclaration de revenus.
Quels documents faut-il produire au régime réel ? +
Une déclaration de résultat n° 2031 avec ses annexes 2033, télétransmise chaque année au format EDI au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai, puis un report du résultat sur la déclaration 2042 C PRO. En cas de contrôle, vous devez aussi pouvoir remettre un fichier des écritures comptables (FEC) conforme.
L'amortissement est-il perdu à la revente ? +
Depuis la loi de finances pour 2025, les amortissements déduits sont réintégrés dans le calcul de la plus-value pour les cessions réalisées depuis le 15 février 2025, sauf exceptions prévues pour certaines résidences-services. Les abattements pour durée de détention continuent en revanche de s'appliquer.
Faut-il un expert-comptable au régime réel ? +
Ce n'est pas une obligation légale, mais la liasse fiscale, le plan d'amortissement et la télétransmission rendent l'accompagnement très rentable dans la plupart des cas. Nous avons consacré un article complet à la question : faut-il un expert-comptable en LMNP ?
- Les régimes d'imposition, impots.gouv.fr
- Les locations meublées, impots.gouv.fr
- Impôt sur le revenu : revenus d'une location meublée, service-public.gouv.fr
- Principales nouveautés revenus 2025, brochure pratique de l'impôt sur le revenu 2026, impots.gouv.fr
- Contrôle des comptabilités informatisées : remise du fichier des écritures comptables, BOFiP