La réponse courte. Vous pouvez transformer une location nue en location meublée, mais pas avec le locataire en place contre son gré : il faut attendre son départ ou l'échéance du bail avec un congé motivé, donné six mois à l'avance. Une fois le logement libre, vous le meublez selon la liste officielle, vous immatriculez l'activité, et le bien entre à l'actif pour sa valeur vénale au jour de l'inscription, ce qui ouvre l'amortissement. Attention au sort de vos déficits fonciers, surtout si vous en avez imputé sur votre revenu global depuis moins de trois ans.
Beaucoup de bailleurs en location nue regardent le meublé avec envie, et pour une raison simple : au régime réel, l'amortissement du bien absorbe une grande partie des loyers imposables, quand les revenus fonciers de la location nue restent taxés presque plein pot une fois le crédit remboursé. La bascule est tout à fait possible, mais elle se joue sur trois terrains à la fois, le droit du bail, les formalités et la fiscalité. Voici le mode d'emploi complet.
Pourquoi basculer : deux fiscalités qui n'ont rien à voir
En location nue, vos loyers relèvent des revenus fonciers. Vous déduisez les charges réelles et les intérêts d'emprunt, mais jamais le prix du bien lui-même. Une fois les travaux passés et le crédit amorti, l'assiette imposable grossit chaque année, taxée à votre taux marginal plus les prélèvements sociaux de 17,2 %.
En meublé au régime réel, l'activité relève des BIC. Vous déduisez les mêmes charges, et vous y ajoutez l'amortissement du bien, du mobilier et des travaux, qui représente souvent l'équivalent de plusieurs milliers d'euros de charge comptable par an sans aucune sortie d'argent. Sur la plupart des biens, le résultat imposable tombe à zéro ou presque pendant de longues années.
Deux nuances pour garder un jugement équilibré : les prélèvements sociaux du meublé non professionnel sont passés à 18,6 % à compter de l'imposition des revenus 2025, contre 17,2 % en location nue, et depuis les cessions intervenues à compter du 15 février 2025, les amortissements déduits en LMNP sont réintégrés dans le calcul de la plus-value imposable à la revente. L'avantage du meublé reste net, il se pense désormais avec votre horizon de détention.
Le locataire en place : vous ne pouvez rien lui imposer
Premier obstacle, et le plus structurant : un bail nu en cours ne se transforme pas en bail meublé par la volonté du seul bailleur. Le contrat continue aux mêmes conditions jusqu'à son terme, et le locataire n'a aucune obligation d'accepter un avenant ou un nouveau contrat.
Trois chemins existent pour récupérer le logement libre :
- Attendre le congé du locataire. C'est le scénario le plus simple : il part, le logement se libère, vous basculez.
- L'accord amiable. Rien n'interdit de proposer au locataire de résilier le bail nu d'un commun accord et de signer un bail meublé, avec le logement effectivement garni de meubles. L'accord doit être libre et écrit, et le nouveau contrat repart avec ses propres règles, dont un nouveau dépôt de garantie.
- Le congé du bailleur à l'échéance. En location nue, vous devez donner congé au moins six mois avant la date d'échéance du bail, et uniquement pour trois motifs : vendre, reprendre le logement pour l'habiter ou y loger un proche, ou un motif légitime et sérieux. Le simple souhait de passer en meublé n'entre pas dans ces cases : un congé donné pour ce seul motif serait fragile en cas de contestation devant le juge. Autrement dit, la bascule attend le départ naturel du locataire dans la plupart des situations.
Prévoyez donc le calendrier en conséquence : entre l'échéance du bail, le préavis et les travaux d'ameublement, la transformation se prépare un an à l'avance.
Les formalités de la bascule
Une fois le logement libre, trois chantiers s'enchaînent.
Meubler selon la liste officielle. Le décret n° 2015-981 du 31 juillet 2015 fixe la liste des meubles obligatoires en location meublée : literie avec couette ou couverture, dispositif d'occultation dans les chambres, plaques de cuisson, four ou micro-ondes, réfrigérateur avec compartiment congélation, vaisselle et ustensiles, table et sièges, étagères de rangement, luminaires, matériel d'entretien. Un logement auquel il manque un élément peut être requalifié en location nue par le juge, avec toutes les conséquences fiscales associées.
Immatriculer l'activité. La location meublée est une activité commerciale au sens fiscal : vous devez déclarer votre début d'activité dans les quinze jours sur le guichet unique des formalités d'entreprises, ce qui vous attribue un numéro SIRET. La démarche est décrite dans notre guide de l'immatriculation LMNP. C'est aussi à ce moment que vous optez, ou non, pour le régime réel.
Signer un bail meublé. Le contrat type est différent : durée d'un an renouvelable (neuf mois non renouvelable pour un étudiant), dépôt de garantie pouvant atteindre deux mois de loyer, préavis réduit pour le locataire. Repartez d'un contrat conforme plutôt que de recycler l'ancien bail nu.
La fiscalité de la bascule : la valeur d'inscription change tout
C'est le point que les bailleurs découvrent souvent avec plaisir. Quand vous inscrivez à l'actif de votre activité BIC un bien que vous déteniez dans votre patrimoine privé, l'inscription se fait pour la valeur vénale du bien au jour de cette inscription, et non pour son prix d'achat d'origine. La règle figure au BOFiP (BOI-BIC-AMT-10-30-30-10, § 480) : c'est cette valeur réelle qui sert de base au calcul des amortissements.
En pratique, un appartement acheté 150 000 euros il y a douze ans et qui en vaut 240 000 aujourd'hui s'amortit sur la base de 240 000 euros, déduction faite de la quote-part de terrain, qui ne s'amortit jamais. La valeur retenue doit être justifiable : avis de valeur d'agences, comparaison avec les ventes récentes du secteur, le tout conservé au dossier. Une valeur gonflée sans justification s'expose à la remise en cause en cas de contrôle.
Le plan d'amortissement se construit ensuite par composants, chacun sur sa durée propre, exactement comme pour un bien acheté directement en meublé. C'est un travail technique où l'accompagnement se rentabilise vite : chez Comptalocatif, cabinet spécialisé en location meublée, la mission complète coûte 600 euros par an, plan d'amortissement et liasse fiscale compris.
Le sort de vos déficits fonciers : la règle des trois ans
Vos déficits fonciers ne suivent pas le bien dans sa nouvelle vie. Deux règles se combinent.
D'abord, les déficits fonciers reportables, ceux qui excédaient le plafond d'imputation de 10 700 euros sur le revenu global, ne s'imputent que sur des revenus fonciers, pendant dix ans. Si vous n'avez plus aucun bien loué nu, ces reports restent en sommeil et se perdent à l'échéance : ils ne viendront jamais réduire vos BIC de location meublée. Notre article déficit foncier ou déficit LMNP détaille la frontière entre les deux régimes.
Ensuite, la règle des trois ans : lorsque vous avez imputé un déficit foncier sur votre revenu global, le bien doit rester loué nu jusqu'au 31 décembre de la troisième année qui suit l'imputation. Si la location nue cesse avant, par exemple parce que vous basculez en meublé, l'administration remet en cause l'imputation et recalcule votre impôt des années concernées. Si vous avez déduit un gros déficit travaux récemment, le calendrier de la bascule doit donc intégrer ce délai.
Copropriété et clause du bail : les vérifications juridiques
Dernier passage en revue avant de vous lancer. En copropriété, lisez le règlement : une clause dite d'habitation bourgeoise simple tolère en principe la location meublée d'habitation à l'année, mais la location touristique de courte durée est régulièrement jugée incompatible avec une clause d'habitation, et certaines communes exigent en plus une autorisation de changement d'usage pour un meublé de tourisme. Pour un bail meublé de résidence principale, le sujet se limite normalement à la lecture attentive du règlement.

Vos questions, nos réponses
Puis-je transformer le bail nu de mon locataire en bail meublé ? +
Non, pas sans son accord. Le bail nu court jusqu'à son terme aux mêmes conditions. Vous pouvez lui proposer un accord amiable avec signature d'un nouveau bail meublé, mais il est libre de refuser.
Puis-je donner congé à mon locataire pour passer en meublé ? +
Le congé du bailleur en location nue exige un préavis de six mois avant l'échéance et l'un des trois motifs légaux : vente, reprise pour habiter, ou motif légitime et sérieux. Le seul souhait de changer de régime locatif n'en fait pas partie, un tel congé serait contestable.
À quelle valeur le bien entre-t-il à l'actif ? +
À sa valeur vénale au jour de l'inscription à l'actif, et non à son prix d'achat d'origine. Cette valeur, hors quote-part de terrain, sert de base aux amortissements. Elle doit pouvoir être justifiée par des éléments de marché.
Que deviennent mes déficits fonciers reportables ? +
Ils ne s'imputent que sur des revenus fonciers, pendant dix ans. Sans autre bien loué nu, ils se perdent à l'échéance. Ils ne s'imputent jamais sur les bénéfices de la location meublée.
Quel est le risque si j'ai imputé un déficit foncier il y a moins de trois ans ? +
L'imputation sur le revenu global est remise en cause si le bien cesse d'être loué nu avant le 31 décembre de la troisième année suivant l'imputation. L'administration recalcule alors l'impôt des années concernées.
Faut-il refaire une immatriculation ? +
Oui. La location meublée est une activité qui se déclare dans les quinze jours de son début sur le guichet unique, avec attribution d'un SIRET. C'est aussi le moment de choisir le régime réel si vous voulez amortir.
- Congé donné par le propriétaire (bail d'habitation), service-public.gouv.fr
- Location meublée : quels sont les meubles obligatoires ?, service-public.gouv.fr
- BOI-BIC-AMT-10-30-30-10, § 480 : base de l'amortissement, biens transférés du patrimoine privé, BOFiP
- Tout savoir sur le déficit foncier, economie.gouv.fr
- Les locations meublées, impots.gouv.fr