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Cas pratique : acheter un meublé à deux sans être mariés

Un couple non marié achète un meublé de 210 000 € à 60/40 : micro-BIC exclu, SIRET unique, une seule liasse et un résultat imposable à zéro. Le pas à pas.

Guillaume MaileyPar Guillaume Mailey, expert-comptable inscrit à l'Ordre·Mis à jour le 10 juillet 2026·5 min de lecture
Cas pratique : acheter un meublé à deux sans être mariés

La réponse courte. Deux concubins achètent un appartement meublé de 210 000 € en indivision, à 60/40 selon leurs apports. L'indivision exclut le micro-BIC : le régime réel s'applique d'office, avec un SIRET unique au nom de l'indivision, une seule comptabilité et une seule liasse fiscale. Sur ce dossier, 8 012 € d'amortissements annuels ramènent le résultat imposable à zéro, réparti 60/40 sur les déclarations de chacun. Voici le pas à pas complet.

Acheter à deux sans être mariés est la configuration qui génère le plus d'erreurs de déclaration en meublé, à commencer par le fameux « chacun déclare sa moitié au micro ». Déroulons un premier achat type, tel que nous le montons au cabinet, en appliquant les règles détaillées dans notre article sur le LMNP en indivision.

Le dossier de départ

Un couple de concubins achète un appartement meublé destiné à la location longue durée. Les apports étant différents, l'acte notarié fixe les quotes-parts à 60 % et 40 % :

Poste Montant
Prix d'achat 210 000 €
Quotes-parts de détention 60 % / 40 %
Quote-part terrain (20 %) 42 000 € (jamais amortie)
Mobilier et équipements 9 500 €
Loyer (hors charges) 850 €/mois, soit 10 200 €/an
Charges réelles annuelles (intérêts, copropriété, taxe foncière, assurances, CFE, honoraires de comptabilité d'environ 600 € TTC, tous déductibles) 4 800 €

Le micro-BIC est exclu, et c'est une bonne nouvelle

Première règle, absolue : le micro-BIC est réservé aux exploitants individuels, et une indivision n'en est pas un. Elle constitue une exploitation commune, qui relève obligatoirement du régime réel, quel que soit le montant des loyers. Aucune option à prendre, aucun calcul de seuil : le réel s'applique d'office.

La contrainte est en réalité une chance. Comme le montre notre comparatif micro-BIC ou réel, le réel bat le micro dans la grande majorité des dossiers financés à crédit. L'indivision impose d'emblée le régime que les loueurs avisés finissent par choisir, et ce dossier va le vérifier chiffres en main.

Une immatriculation au nom de l'indivision, pas deux

Le couple ne crée pas deux entreprises individuelles. L'indivision fait l'objet d'une déclaration spécifique sur le guichet unique de l'INPI (l'équivalent de l'ancien formulaire FCMB), dans les 15 jours de la mise en location, et reçoit son propre SIRET, distinct des éventuelles activités personnelles de chacun. La démarche écran par écran est détaillée dans notre article sur l'immatriculation LMNP.

Une seule comptabilité, une seule liasse

Le bien figure à l'actif de l'indivision et les amortissements se calculent une seule fois, dans une comptabilité commune qui produit une seule liasse fiscale. Sur ce dossier, terrain écarté, le bâti amortissable s'élève à 168 000 € :

Composant Base Durée Amortissement/an
Gros œuvre (50 % du bâti) 84 000 € 50 ans 1 680 €
Façade, toiture, étanchéité (15 %) 25 200 € 25 ans 1 008 €
Installations techniques (20 %) 33 600 € 18 ans 1 867 €
Agencements intérieurs (15 %) 25 200 € 12 ans 2 100 €
Mobilier 9 500 € 7 ans 1 357 €
Total 8 012 €

Le résultat : zéro pour les deux

Le compte d'exploitation de l'année type, au niveau de l'indivision :

Montant
Loyers annuels 10 200 €
Charges réelles − 4 800 €
Résultat avant amortissements 5 400 €
Amortissements déduits (plafonnés par l'article 39 C) − 5 400 €
Résultat imposable de l'indivision 0 €
Réserve d'amortissements reportée 2 612 €

L'article 39 C du CGI interdit à l'amortissement de créer un déficit : sur les 8 012 € disponibles, seuls 5 400 € sont déduits cette année. Les 2 612 € restants se mettent en réserve, au niveau de l'indivision, et se reportent sans limite de durée.

La répartition 60/40 : le mécanisme

Le résultat de la liasse unique se répartit ensuite au prorata des quotes-parts, et chaque indivisaire reporte sa part sur sa propre 2042 C PRO. Ici, 60 % et 40 % de zéro : personne ne paie rien. Mais le mécanisme prendra tout son sens le jour où la réserve sera épuisée. Sur un futur bénéfice de 3 000 €, par exemple :

Indivisaire à 60 % Indivisaire à 40 %
Part du bénéfice 1 800 € 1 200 €
Report Sa propre 2042 C PRO Sa propre 2042 C PRO
Imposition Selon sa tranche + 18,6 % de prélèvements sociaux Selon sa tranche + 18,6 % de prélèvements sociaux

Chacun est imposé selon sa situation personnelle : à TMI 30 %, les 1 800 € coûteraient environ 875 € ; à TMI 11 %, les 1 200 € coûteraient environ 355 €. Les quotes-parts servent aussi de clé pour les seuils individuels, comme les 23 000 € de recettes du passage en LMP.

La convention d'indivision, avant le premier désaccord

La gestion courante se décide à la majorité des deux tiers des droits, la vente à l'unanimité : sans règle du jeu écrite, le patrimoine se fige au premier différend. Une convention d'indivision signée dès l'achat désigne un gérant, impose un compte bancaire dédié où transitent loyers et charges, et organise la sortie ou le rachat de parts. Pour un couple non marié, c'est le document qui protège les deux, ensemble et séparément.

L'erreur classique : « chacun déclare sa moitié au micro »

C'est l'erreur que nous voyons le plus souvent : chaque concubin reporte 5 100 € de loyers sur sa déclaration au micro-BIC, abattement de 50 %, et pense être en règle. Le régime est pourtant inapplicable à une indivision : l'administration peut requalifier et régulariser les années non prescrites, avec intérêts de retard. Si vous êtes dans ce cas, la régularisation se prépare ; si vous achetez, le montage se pose avant de signer. Dans les deux situations, prenez rendez-vous, le premier échange cadre le dossier.

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Guillaume Mailey
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Vos questions, nos réponses

Pourquoi le micro-BIC est-il interdit en indivision ? +

Parce qu'il est réservé aux exploitants individuels. L'indivision constitue une exploitation commune, obligatoirement placée au régime réel, quels que soient les loyers. La règle vaut pour les concubins, les fratries et les héritiers.

Faut-il un SIRET pour chaque membre du couple ? +

Non, un seul SIRET au nom de l'indivision, obtenu par la déclaration spécifique sur le guichet INPI. Il identifie l'exploitation commune, distincte des activités individuelles que chacun pourrait avoir par ailleurs.

Comment se répartit un futur bénéfice de l'indivision ? +

Au prorata des quotes-parts de l'acte : 60/40 sur ce dossier. Chacun reporte sa fraction sur sa propre 2042 C PRO et paie l'impôt selon sa tranche personnelle, plus 18,6 % de prélèvements sociaux.

Les quotes-parts peuvent-elles différer des apports réels ? +

Les quotes-parts qui font foi sont celles de l'acte notarié. Si les apports et les remboursements du crédit ne suivent pas la même proportion, l'écart se traite dans l'acte et la convention d'indivision, pas dans la déclaration fiscale.

Que se passe-t-il si le couple se sépare ? +

La part de celui qui part se rachète ou se vend, avec des conséquences fiscales propres, jusqu'à la plus-value sur la fraction cédée. Une convention d'indivision signée dès l'achat organise cette sortie et évite le blocage du bien.

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