La réponse courte. Un bien meublé détenu en indivision (couple non marié, fratrie, héritiers) obéit à des règles fiscales propres : le micro-BIC est exclu, le régime réel s'impose, l'indivision reçoit un SIRET unique et produit une seule liasse fiscale, dont le résultat se répartit entre indivisaires au prorata de leurs quotes-parts. Bien géré, ce cadre obligatoire est en réalité un avantage : le réel est presque toujours le meilleur régime.
Acheter à deux sans être mariés, hériter à trois d'un appartement loué : l'indivision est la configuration la plus courante après la détention en solo, et celle qui génère le plus d'erreurs de déclaration. Voici les règles exactes.
Pourquoi le micro-BIC est exclu
Le micro-BIC est réservé aux exploitants individuels. Une indivision n'en est pas un : elle constitue une exploitation commune, qui relève obligatoirement du régime réel, quels que soient les montants de loyers. Beaucoup de couples non mariés l'apprennent après plusieurs années de déclarations micro erronées, et la régularisation est d'autant plus lourde que les années s'accumulent.
La contrainte est en pratique une chance : le régime réel, avec charges réelles et amortissement, bat le micro dans la grande majorité des dossiers. L'indivision impose simplement d'emblée le régime que les loueurs avisés finissent par choisir.
La mécanique déclarative, du SIRET aux quotes-parts
- Une immatriculation unique au nom de l'indivision : la déclaration se fait sur le guichet INPI (l'équivalent de l'ancien formulaire FCMB), et l'indivision reçoit son propre SIRET, distinct de ceux que les indivisaires pourraient détenir par ailleurs. Le détail de la démarche figure dans notre article sur l'immatriculation.
- Une comptabilité et une seule liasse fiscale 2031-2033 au nom de l'indivision, avec le bien à l'actif et les amortissements calculés une seule fois.
- Une répartition du résultat au prorata des quotes-parts : 60/40 au titre de la détention donne 60/40 sur le résultat, bénéfice ou déficit.
- Chaque indivisaire reporte sa part sur sa propre 2042 C PRO, et paie l'impôt selon sa situation personnelle.
Les seuils s'apprécient ensuite au niveau de chacun : les 23 000 euros du passage en LMP se mesurent sur la quote-part de recettes de chaque indivisaire, pas sur le total de l'indivision.
Quotes-parts : d'où viennent-elles, comment les prouver
La répartition du résultat suit les droits de propriété tels qu'ils figurent dans l'acte d'achat ou la déclaration de succession, et nulle part ailleurs. Deux concubins qui financent le bien à 70/30 mais achètent « moitié-moitié » dans l'acte se partagent le résultat à 50/50 : l'administration s'en tient au titre de propriété, pas aux flux bancaires. La quote-part se fixe donc au moment de l'acte, en cohérence avec les apports réels de chacun, car la modifier ensuite suppose une cession de droits indivis, avec ses frais et sa fiscalité propre.
Cette règle a un corollaire comptable : les intérêts d'un emprunt souscrit par un seul indivisaire, les charges réglées depuis un compte personnel ou les travaux financés par un seul membre doivent se retrouver dans la comptabilité commune de l'indivision, faute de quoi la liasse ne reflète ni les bons montants ni la bonne répartition. C'est l'une des raisons d'ouvrir le compte bancaire dédié évoqué plus bas dès le premier loyer.
Couple : marié, pacsé ou ni l'un ni l'autre, trois régimes différents
- Mariés en communauté (le régime légal, sans contrat de mariage) : le bien acheté pendant le mariage est commun, il s'exploite comme une activité du foyer sans indivision fiscale, et un seul des époux porte l'immatriculation.
- Mariés en séparation de biens : l'achat à deux crée une indivision, exactement comme pour des concubins ; le contrat de mariage ne dispense pas de la mécanique déclarative commune.
- Pacsés : séparation des patrimoines par défaut depuis 2007, donc indivision dès que le bien est acheté à deux ; les couples ayant opté pour l'indivision d'acquêts y sont d'office.
- Concubins : indivision systématique dès l'achat en commun, avec la mécanique complète décrite plus haut.
Le même appartement, acheté par le même couple, ne se déclare donc pas de la même façon selon le statut du couple : c'est l'une des vérifications à faire avant l'achat, pas après.
Les pièges spécifiques à l'indivision
- Déclarer chacun sa moitié en micro-BIC : l'erreur classique des couples non mariés, à régulariser dès qu'elle est repérée.
- Les décisions bloquées : la gestion courante se décide à la majorité des deux tiers des droits, la vente à l'unanimité. Une convention d'indivision écrite (gérant désigné, comptes, sortie) évite que le patrimoine se fige au premier désaccord.
- Les comptes mélangés : un compte bancaire dédié à l'indivision n'est pas obligatoire, il est indispensable en pratique : loyers encaissés et charges payées doivent se tracer sans ambiguïté pour tenir la comptabilité et justifier les quotes-parts.
- La sortie d'un indivisaire : le rachat de parts entre indivisaires a ses propres conséquences fiscales, jusqu'à la plus-value sur la fraction cédée. Elle s'anticipe comme une vente.
Pour les indivisions issues d'un décès, notre article sur la succession d'un LMNP détaille la reprise d'activité par les héritiers et la nouvelle base d'amortissement.
Sortir de l'indivision : trois portes
Nul n'est tenu de rester dans l'indivision : le Code civil permet à chaque indivisaire de provoquer le partage. En pratique, la sortie emprunte l'une de ces trois voies : le rachat des droits par un ou plusieurs indivisaires (avec soulte et plus-value imposable pour le cédant sur la fraction cédée), la vente du bien à un tiers suivie du partage du prix, ou le partage en nature quand le patrimoine comporte plusieurs lots.
Côté exploitation, la sortie d'un indivisaire change la répartition des résultats en cours d'année : la comptabilité doit dater précisément l'opération, et les quotes-parts d'amortissement se recalculent sur la nouvelle situation. Le sujet rejoint celui du démembrement quand la sortie s'organise en famille, par donation de la nue-propriété plutôt que par vente.
Indivision ou SARL de famille ?
L'indivision est le régime par défaut, la SARL de famille l'alternative organisée. La comparaison tient en cinq lignes :
| Indivision | SARL de famille | |
|---|---|---|
| Création | Automatique à l'achat, sans frais | Statuts, immatriculation, formalisme |
| Gouvernance | Majorité des deux tiers, unanimité pour vendre | Gérant désigné, règles fixées par les statuts |
| Stabilité | Chaque indivisaire peut provoquer le partage | Structure pérenne, cession de parts encadrée |
| Transmission | Cession de quotes-parts indivises | Donation de parts sociales, plus progressive |
| Régime fiscal | Régime réel obligatoire, imposition chez chaque indivisaire | Régime réel, imposition chez chaque associé sur option IR |
L'indivision convient à un bien détenu à deux dans la durée avec une bonne entente ; la SARL de famille prend l'avantage quand le patrimoine grossit, que la transmission aux enfants se prépare ou que la gouvernance a besoin de règles écrites. Notre cas pratique sur l'indivision d'un couple montre ce point de bascule sur un dossier réel.
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Vos questions, nos réponses
Peut-on être au micro-BIC en indivision ? +
Non : l'indivision est exclue du micro-BIC et relève obligatoirement du régime réel, quel que soit le montant des loyers. Chaque indivisaire déclarant « sa moitié » au micro est l'erreur la plus fréquente, à régulariser au plus vite.
Faut-il un SIRET par indivisaire ? +
Non, un seul SIRET au nom de l'indivision, obtenu par la déclaration dédiée sur le guichet INPI. Il identifie l'exploitation commune, distincte des éventuelles activités individuelles des indivisaires.
Comment se répartit le résultat d'un LMNP en indivision ? +
Au prorata des quotes-parts de détention : la liasse fiscale unique de l'indivision détermine le résultat, que chaque indivisaire reporte pour sa fraction sur sa propre déclaration 2042 C PRO.
Un couple pacsé achète un meublé : indivision ou pas ? +
Sous le régime de la séparation (le régime par défaut du PACS), oui : le bien acheté à deux est en indivision, avec régime réel obligatoire. Seuls les époux en communauté échappent à la mécanique de l'indivision fiscale.
Qui décide de la gestion d'un meublé en indivision ? +
La gestion courante (bail, travaux d'entretien) se décide à la majorité des deux tiers des droits indivis, la vente du bien à l'unanimité. Une convention d'indivision peut désigner un gérant et fluidifier les décisions.
L'indivision protège-t-elle en cas de décès d'un indivisaire ? +
Non, la part du défunt entre dans sa succession et ses héritiers deviennent indivisaires à sa place. L'anticipation passe par la convention d'indivision et, selon les objectifs, par des outils de transmission dédiés à étudier avec le notaire.